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Bottin des avocats

Les atouts de la pratique en région

Par Emmanuelle Gril

Pratiquer en région présente bien des avantages, et pas seulement le fait d’éviter les embouteillages! Témoignages de trois avocats qui œuvrent en dehors des grands centres.

Après avoir vécu 12 ans à Montréal et pratiqué cinq ans au sein du cabinet RSS dans cette ville, MMarcel-Olivier Nadeau est retourné au Saguenay, la région dont il est originaire. Il a ouvert un bureau de RSS à Chicoutimi et a même occupé le poste de bâtonnier du barreau de section de la région pour le mandat 2020-2021. Il est aujourd’hui membre du Conseil d’administration du Barreau. Des regrets par rapport à son ancienne vie dans la métropole québécoise? Absolument pas! « Auparavant, il fallait compter une heure de transport pour me rendre au travail. Maintenant c’est cinq minutes… quand je tombe sur toutes les lumières rouges », explique-t-il en riant.

Me Marcel-Olivier Nadeau

Un avis que partage MSerge Bernier, avocat associé chez Bernier Fournier, à Drummondville et vice-président du Barreau du Québec. « La garderie et l’école de quartier, le bureau, le centre-ville… tout se trouve à une distance de quelques minutes à peine. C’est donc moins de stress et plus de temps pour les activités » assure-t-il. Voilà qui fait sans doute rêver les juristes qui, victimes de la congestion routière, doivent consacrer de longues heures au transport chaque semaine. Mais les atouts de la pratique loin des grands centres vont bien au-delà de la qualité de vie.

Me Serge Bernier, vice-président du Barreau du Québec

Une plus grande proximité

MRoxane Préfontaine, membre du Conseil d’administration du Barreau et ancienne bâtonnière de la section de Laurentides–Lanaudière, travaille pour le cabinet Ratelle à Joliette et Repentigny. Elle souligne qu’en région, la communauté juridique est tissée serrée et fait preuve d’un meilleur esprit de collégialité. « Puisque généralement, on œuvre aussi dans des cabinets de petite taille, et il y a aussi une plus grande proximité avec les clients. Et dans les palais de justice, on connaît rapidement tout le monde, huissiers, policiers, etc., les juges sont également moins nombreux », mentionne-t-elle.

Me Roxane Préfontaine

« Entre confrères qui pratiquent en litige, nous nous côtoyons tous et nous développons des relations de confiance, ce qui peut faciliter la résolution de certains dossiers, renchérit MNadeau. Et lorsqu’on se rend en cour, le fait d’être familier avec les façons de faire et de procéder du ou de la juge constitue une incertitude en moins. »

MBernier ajoute un élément non négligeable : les dates de cour étant moins nombreuses que dans les grands centres, il est possible de planifier des journées de pratique durant lesquelles on regroupe plusieurs dossiers. « Et puisque les dates de cour ne se chevauchent pas, on peut pratiquer dans différents domaines sans avoir à gérer des conflits d’horaires », remarque-t-il. Il mentionne également que le fait d’être fréquemment en contact avec les mêmes confrères et intervenants du système judiciaire facilite le dialogue puisqu’on est amené à se croiser souvent.

Des défis à relever

Inversement, vivre et œuvrer en région peut aussi présenter quelques défis. Parmi ces enjeux, MSerge Bernier note que le risque de conflits d’intérêts est élevé, compte tenu du bassin de clients réduit.

MRoxane Préfontaine soulève aussi la question des distances. « Lorsqu’on doit plaider dans des palais de justice éloignés les uns des autres, il faut s’attendre à passer du temps sur la route », souligne-t-elle. La pandémie et le recours aux nouvelles technologies pour tenir des audiences à distance a toutefois éliminé cette difficulté, du moins pour un temps. Parallèlement, cela a fait émerger les problèmes reliés à une bande passante insuffisante générant ainsi une connexion Internet de piètre qualité dans certaines zones géographiques de Lanaudière.

Autre défi : le recrutement. « Il est vrai qu’il est difficile d’attirer en région de jeunes avocats qui ne sont pas originaires d’ici. Mais chez nous, à Drummondville, l’amélioration de la quantité et de la qualité des services offerts commence à changer la donne et à séduire de plus en plus. En plus d’être située à proximité des grands centres urbains, Drummondville, grâce à sa gare, nous permet d’aller à Montréal en moins d’une heure. Tout cela peut donc faire pencher la balance entre notre faveur », témoigne MSerge Bernier.

MMarcel-Olivier Nadeau confirme qu’il n’est pas aisé de pourvoir les postes qui se libèrent lorsqu’un avocat part à la retraite, ni de dénicher de la relève. « Puisqu’il y a moins d’employeurs potentiels, les jeunes sont moins mobiles. Lorsqu’ils travaillent dans un cabinet, ils ont tendance à y rester », constate-t-il.

Pour attirer les nouvelles recrues, MRoxane Préfontaine plaide pour une meilleure promotion de la pratique en région. En tant que membre du CA, elle souhaite mettre l’épaule à la roue afin que le Barreau continue de chercher des solutions et des moyens pour inciter davantage les stagiaires et les jeunes avocats à œuvrer en dehors des grands centres.

Et à ceux qui se plaignent des différences de niveaux de rémunération entre régions et grands centres, MNadeau oppose un excellent argument. « C’est peut-être le cas, mais en revanche on a accès à une meilleure qualité de vie. Et puisqu’on perd moins de temps dans les déplacements, on peut donc en consacrer davantage à ses dossiers. Le coût de la vie, l’immobilier par exemple, est aussi plus abordable », illustre-t-il.

Alors, prêt à faire le saut?