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Bottin des avocats

Contribuer à l’avancement du droit par l’édition

Me Louis Bossé, Ad. E.

Par Johanne Landry

Me Louis Bossé a travaillé pendant plus de 30 ans aux Éditions Yvon Blais, comme responsable de projets puis à titre de directeur des publications. Aujourd’hui retraité de l’édition, il enseigne à la formation continue au Collège Ahuntsic, à Montréal.

Me Louis Bossé, Ad. E

C’est souvent au gré du hasard que la carrière de MLouis Bossé a franchi des jalons. Faut-il y voir une sorte d’ouverture aux occasions que la vie lui a apportées? « Oui, répond-il, mais doublée d’une dose de chance, celle d’être au bon endroit au bon moment. »

Après un baccalauréat en sciences politiques, Louis Bossé se dirige vers le droit, y rejoignant quelques amis, ce qui s’avérera au final un très bon choix. L’un de ses professeurs est Jean-Louis Baudouin, Ad. E., qu’il considère comme l’un des plus grands juristes en droit civil de notre époque et qui a grandement influencé l’orientation de sa carrière. MBaudoin lui a d’abord confié quelques travaux de recherche, pour ensuite faire de lui son assistant dans le projet de rédaction du Code civil du Bas-Canada annoté (Baudouin-Renaud). « C’était au début des années quatre-vingt, en pleine crise économique, et les emplois d’étudiants étaient rares. » Quelques années plus tard, cette expérience en lien avec l’édition lui permettra d’obtenir un poste aux Éditions Yvon Blais, devenu aujourd’hui une société de Thomson Reuters.

Me Louis Bossé est particulièrement fier d’avoir publié de nombreux jeunes auteurs. « J’ai souvent mis ma tête sur le billot pour que ces projets soient acceptés. Un mémoire de maîtrise ou une thèse de doctorat présentent un grand risque commercial parce que les auteurs ne sont pas connus et que le sujet est nouveau. Il m’importait de contribuer de cette façon à faire avancer la doctrine tout en permettant d’ouvrir à ces jeunes juristes les portes de l’enseignement ou de favoriser l’avancement de leur carrière », dit-il.

En 2010, il accepte de remplacer à pied levé un enseignant à la formation continue des avocats. « L’édition juridique, explique MBossé, se travaille de concert avec les principaux utilisateurs des publications, c’est-à-dire les professeurs qui les recommandent à leurs étudiants. J’ai toujours été en contact avec les gens des facultés de droit et des cégeps, et c’est la raison pour laquelle on a pensé à moi. J’ai d’abord cumulé les rôles de professeur et de directeur de publications. Puis, au bout de 31 ans, j’ai senti que j’avais pas mal fait le tour de l’édition et qu’à ma retraite, je pourrais enseigner davantage. »

Le concept de la retraite, pour MBossé, ne correspond toutefois pas à mettre derrière lui toutes ses activités professionnelles. « Je me considère à la retraite parce que je gère librement mon agenda et mes choix. J’ai quatre charges de cours, je conseille les auteurs qui me le demandent et je siège au conseil d’administration de la Fondation du Cégep Gérald-Godin. Le bonheur de la retraite, c’est de pouvoir faire ce qu’on aime quand on veut », résume-t-il.

Parallèlement à sa carrière d’éditeur, MLouis Bossé a collaboré avec l’École du Barreau à la publication de la Collection de droit et a été responsable de la publication d’actes de colloques dans la collection Développements récents. Il a aussi contribué à l’organisation de conférences, de colloques et d’ateliers de formation. Il a participé au Comité scientifique de la Chaire Jean-Louis Baudouin, siégé au conseil d’administration de la Fondation Claude-Masse, et s’est impliqué auprès de l’Institut canadien d’études juridiques.

« Le plus important pour moi, c’est de redonner aux autres ce que j’ai appris. Quand je donne un cours d’introduction aux jeunes, j’ai à cœur de leur fournir un bon départ dans cette discipline, de leur montrer que le droit ne se résume pas seulement à ce qu’on en voit dans les séries télévisées. Le droit, c’est aussi aider autrui, des gens mal pris qui n’ont pas eu de chance, qui sont vulnérables et qui vivent des épisodes parfois dramatiques. »

Il reçoit la distinction Avocat émérite comme un beau cadeau de retraite auquel il se n’attendait pas. « Je n’ai pas exercé en pratique privée, je n’ai jamais plaidé à la cour, mais j’ai utilisé mes connaissances pour faire avancer la doctrine en publiant des ouvrages qui sont utiles pour les praticiens. Je suis un atypique et j’ai travaillé dans un domaine qui ne m’a pas propulsé à l’avant-scène. Ma personnalité fait en sorte que c’est dans l’ombre que je me sens bien. Si j’ai l’impression que peu de gens me connaissent, je me suis cependant intéressé aux autres, à leur expertise et à leurs travaux, afin de les inviter à publier lorsqu’il y avait un besoin », conclut MLouis Bossé.